mardi 29 septembre 2009

Saleté de maladie, 3e partie

La salle d'attente, la plus grande des deux était bondée. Pleine à craquer. Au fur et à mesure que le jour se levait, que la grande aiguille de l'horloge avançait à chaque minute, les chaises laissées vacantes trouvaient preneurs. Les espaces vides se bouchaient irrémédiablement. 

Les hauts-parleurs fixés au plafond se mettaient à cracher les noms des patients par intervalle. Entre le personnel médical et la foule qui s'aglutinaient dans cet espace restreint qu'était l'urgence, les ambulanciers se frayaient un chemin entre leurs civières et leurs patients, confortablement bien installés. Parfois jetant un regard perplexe dans un environnement devenu soudainement hostile, parfois les yeux fermés en quête d'une paix intérieure, parfois le corps et le visage recouvert d'un drap blanc ou d'une couverture opaque pour ne pas qu'on sache.

J'étais assis sur une chaise roulante appartenant au service de l'urgence. Noire, laide mais utile pour le besoin que j'avais. La jambe gauche légèrement remontée, l'agent de sécurité m'avait installé dos au mur. Celui qui sépare la salle d'attente de l'aire des soins d'urgence. Là où le médecin de garde et les infirmières travaillaient en essayant de ne pas se marcher sur les pieds. Je ne pouvais les voir physiquement mais je savais que ça grouillait derrière moi. À tout cela s'ajoutait le tintamarre horrible et superflu des entrepreneurs en construction. L'urgence de Pierre-Boucher s'offrait une cure de jeunesse.

J'étais revenu peu après huit heures du matin, ayant délaissé l'infirmière du quart de nuit pour une bonne raison : mon fils Médéric aurait besoin de sous pour son diner et je craignais de ne pas être là à son départ pour l'école. Étant arrivé vers 4h00 du matin, vu l'infirmière et la préposé à la réception, j'avais promis mon retour pour 8 heures plus ou moins. Chose promise chose dûe, le gardien de sécurité m'avait installé au meilleur endroit possible, ma chaise roulante prenant un peu de place, surtout avec une jambe surélevée.

Les ambulances se succédaient les unes après les autres. Parfois, le garage seul ne suffisait pas à les garer toutes et certaines devaient rester à l'extérieur, juste devant la porte demeurée ouverte à cause de la chaleur. La journée s'annonçait belle et chaude. Certains allaient fumer dans le garage, d'autres se promenaient pour tuer le temps et en demeurant à proximité des hauts-parleur de la grande salle. Il n'était pas question de rater son tour.

Lorsqu'un véhicule jaune muni de clignotants rouges mais tous feux éteints arriva dans le garage de l'hôpital, je me trouvais juste de l'autre côté de la porte coulissante qui sépare le monde extérieur de la salle d'urgence. M'écartant par réflexe pour laisser passer la paire d'ambulancier en uniforme gris avec la civière entre eux, ils entrèrent normalement mais sans pour autant trainer.

Regardant à travers d'autres personnes devant moi, mes yeux cherchaient quelqu'un ou quelqu'une de coucher sur le brancard. Lorsque celui-ci passa devant moi, en fait, à quelques pieds à peine, seul une couverture grise recouvrait ce qui devait être un corps. Je ne distinguais ni tête, ni pieds, ni rien d'autre. Un cadavre venait de passer devant moi et des dizaines de personnes autour. Un inconnu. Où allait-il ? De quoi était-il décédé ? Était-ce une femme ou un homme ? Était-il jeune ou vieux ? Nul ne pouvait répondre à ces questions qui me trottaient dans la tête depuis cet instant.

J'avoue pour ma gouverne que voir une personne décédée débarquer à l'improviste dans une salle bondée de monde plutôt que de faire un détour par la morgue était assez spécial. Les gens ont regardés et lorsque la civière fut hors de vue, ils ont repris leur occupation principale. Comme une simple distraction qui n'avait fait que passer. Comme si des situations semblables pouvaient arriver chaque jour...

Mon tour arriva dans l'après-midi finalement. Ce fut une femme médecin qui m'avait reçu dans la salle no. 3, tout près de la chaise roulante, celle qui était devenu désormais inutile. L'infirmière m'avisa de mettre la jaquette et d'enlever mon pantalon. Ce qui fut fait rapidement. Assis sur le matelas d'une civière que le personnel avait baissé, je regardais cette jambe qui m'élançait terriblement. Gonflée à l'excès, j'étais dans un sens fasciné par le changement si brutal que mon corps avait subi.

La Dr Richard  arriva une dizaine de minutes plus tard. Elle me questionna sur mes antécédents médicaux et, tout en prenant ses notes, elle appela une infirmière. Je devais subir des prises de sang. En tout, six fioles furent remplies. On a dû même se reprendre une deuxième fois, mes veines semblaient fuir devant les aiguilles. On choisit une veine sur le dessus de la main avec un papillon.

La tentative fut la bonne mais une douleur vive et brûlante effaça pour quelques instants à peine ma satisfaction d'avoir trouver le bon gisement, la bonne veine. Et elle coulait à flot. Les six tubes ne prirent que quelques secondes à remplir. Par la suite, on me demanda de retourner dans la grande salle, le temps de recevoir les résultats des examens, prises de sang et l'ECG.

Je savais que l'électrocardiogramme était normal. On me l'avait déjà annoncé. Ne restait que la balance à connaitre. Et l'attente recommença. Il était passé 14h00 lorsque la Dr Richard m'appela. Levant les yeux vers la voix qui venait de m'identifier, elle me fit signe de la suivre. Tenant la porte ouverte de son pied, elle me fit signe d'entrer dans un local situé tout près de la porte coulissante, celle qui faisait face au corridor. la même  qu'avait emprunter le cadavre quelques heures plus tôt.

Et elle me déballa le résultat des tests tout d'un trait, comme si elle les avait apprise parcoeur. Mon coeur battant la chamade, elle m'annonça que les prises de sang n'avait révélés aucune trombophlébite. Quoi ? Vous voulez rire de moi, là ? Ben non, monsieur Dagenais, jamais dans cent ans, voyons...

Non, en fait j'avais une infection. Une banale infection à la jambe gauche. Une de celle qui pouvait s'apparenter à une phlébite ou trombophlébite. Une prescription d'antibiotique ferait la job et d'ici quelques semaines, tout irait pour le mieux. En autant que je les avale au complet, ma guérison est assurée. Et moi aussi je suis drôlement rassuré. Tout ce texte pour vous dire que ce n'était pas ce que je croyais depuis le début. Et tout ce temps perdu pour une annonce aussi banale, mais combien rassurante...

Bonne nuit !
Ma signature autorisée

9 commentaires:

Lionne a dit…

Tant mieux que ce ne soit pas plus grave que ça ! Maintenant, faudrait que tu passes un vrai check-up... :-p

Dorothée a dit…

J'ai lu toutes ces péripéties et je dis, tant mieux!
Dans l'sens de "Tant mieux, c'est moins grave que tu pensais!"

Maintenant reposes-toi autant que possible, et prends tous tous tous les antibios!

Magnolia a dit…

Et me voila moi aussi rassuré du même coup!!!
La prise de BIO-K pendant la prise d'antibiothiques restaure la flore intestinale et renforcit ton systeme immunitaire. En vente chez Rachel-Berry et autres magasins naturels. Prends-le sur une base de toffu et à saveur de mangue: ca passe mieux! Sinon, ca goute le yogourt pas de saveur en fait.

Jacynthe a dit…

repose toi bien

Patrick Duval a dit…

Oufffff! Plus de peur que de mal!

Drew a dit…

T'es aussi agace que la phrase: "Dans le prochain épisode" toi là ;-)

Content que ça soit pas si grave

Jean-François a dit…

@ Lionne : Que veux-tu dire par vraie check-up ?

Jean-François a dit…

@ Dorothée : Yes m'ame! :-)


@ Magnolia : Je vais essayer ça, merci ! :-)


@ Jacynthe : J'essaye de le faire le mercredi en autant que possible... Mais quand c'est "mort" les autres nuits, je relaxe dans le taxi... :-)


@ Patrick Duval : Mets-en !


@ Drew : Bah, j'aurais pu le faire en 4 tomes mais y'en a qui aurait déjà oublier le premier, faque... ;-)

P'tit homme a dit…

Fiou! Moi, ce que je dis lorsque j'ai une infections particulières, c'est un signal d'avertissement à prendre plus soin de moi dans l'avenir. Si on veut profiter de la vie, il faut s'aider!

Content que ça ne soit pas aussi grave que tu le pensais! Maintenant, je te prescris une dose de «prendre soin de soi-même». À répéter autant que nécessaire et à consommer sans modération!

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