lundi 19 janvier 2009

Pas drôle vieillir

Un autre dimanche occupé. Normalement, le radio-taxi demeure allumé, parce que ça ne vaut pas la peine de l'éteindre pour quelques heures à peine. Et il l'était à mon arrivé. Le moteur tournant à plein régime (il avait eu le temps de refroidir à mon arrivé), j'avais eu le temps d'enlever la mince couche de neige avant de prendre le volant et de me rendre sur le poste. Il valait mieux que je laisse le moteur et l'habitacle se réchauffer plus rapidement en roulant. Il n'était donc pas question de laisser ma clientèle attraper une grippe par négligeance de ma part.

Même pas le temps de sortir de l'entrée de garage du chauffeur de jour (je vous présente André, un chauffeur de 40 années d'expérience) que le répartiteur annonce pour la énième fois qu'il se cherche, encore, un taxi pour Boucherville. Aussitôt embarqué et assis sur mon siège, j'appuie sur le bouton du microphone accroché bien à sa place, ni trop haut, ni trop bas. Jean prend ma position, demande la position des autres voitures dans la ville et constatant que je suis le seul, me transmet l'appel via mon radio-taxi.

Voyant qu'il a neigé, encore une fois, je me demande si je serais encore la seule poire à travailler pour pouvoir répondre à la demande. Le dimanche, normalement, c'est plutôt tranquille, je l'admet. La plupart du temps, on est à peine deux ou trois à répondre à la clientèle régulière. Et on arrive très bien à se débrouiller. Le salaire n'est pas négligeable non plus. Et c'est tant mieux.

Mais aujourd'hui ? Je suis tout seul. Et apparement, selon Jean, le répartiteur de la fréquence 1, je le suis depuis les environs de 17h. Pas de quoi fouetter un chat, pas encore. Le rush est encore loin. Comme je disais, je me débrouille comme je peux. Et si je continue à ne faire que des voyages locaux, je pourrai souffler un peu tout en m'occupant de mes tâches journalières (remplir mon livre journalier; remplir ma feuille de route, celle qui me permet de calculer les montants dûs à la propriétaire du taxi que je dois remettre une fois par semaine, puisque je travaille à 40% - 60%). Et c'est là que va commencer mon fun. Que la situation va se corser.

Au deuxième appel, on me demande de prendre un client dans un bar miteux du vieux Boucherville. Situé sur la rue qui semble aussi vieille que sa fondation même, j'ai nommé Marie-Victorin, la taverne a pour habitude de recevoir des clients qui la fréquente fréquemment. Je regarde l'heure affichée devant moi et constate qu'il est tôt pour ce type d'appel. 19h00 à peine...

J'arrive par la rue De Muy, tourne à droite sur Marie-Victorin et fais un demi-tour plus ou moins autorisé devant le commerce et me place en parallèle contre le trottoir, devant la porte. J'appréhende le pire parce que ce bar est reconnu pour sa clientèle de buveurs de mauvaises volontés et bien mauvais payeurs. Mauvais payeurs, pas tant que ça, puisque de telles voyages à cet endroit, je n'en ai connus aucun. Je touche du bois !

Mon mosieur sort en titubant. Il doit avoir dans la soixantaine avancée. Grand et maigre, fidèle au régime alimentaire des ainés, il s'avance vers ma voiture d'un pas incertain. Il veut ouvrir la portière avant. J'ouvre la fenêtre et l'invite à prendre place à l'arrière; mon siège contient encore mes effets personnels que je n'avais pas encore eu le temps de placer. Car normalement, j'ai pour habitude de me rendre sur le poste 22 et de commencer la rédaction de mon rapport journalier.

Le client commence à perdre patience, et ne veut pas s'assoir à l'arrière. Surtout pas. C'est bien connu, les clients mâles préfèrent la place réservées à côté du chauffeur. Et normalement, je ne rechigne pas. Presque jamais en fait. Mais comme il a commencé à chiâler et qu'il puait l'alcool à plein nez, il ne me manquait que LA raison pour le faire grimper derrière.

Une fois à bord et après avoir lâché un chapelet de jurons, je me dirige chez lui. Un trajet d'à peine 15 minutes mais qui aurait été plus court s'il avait été plus aimable. En court de route, en plus de marmonner constamment en sourdine, il me lance que j'ai fait un détour. Je rétorque qu'il aurait dû me donner son chemin sil avait été moins arrogant. Ne m'écoutant pas, il continue son chiâlage intempestif.

Peut-être quelques minutes avant d'arriver, je ferme le compteur, juste par souci de transparence et stop le taxi devant la porte. Sur un billet de vingt dollars, je lui remet le change pour douze. Je n'espère rien d'autre en compensation et me remet, oh surprise, un pourboire de $2. Sa façon de me l'avoir remis m'incita à ne rien ajouter d'autre que le «merci» traditionnel et sincère.

La «ride» était courte, le colérique personnage qui déblatérait sans cesse, comme si le caractère allait de paire avec l'âge et l'état d'esprit de cet ainé, respecté de ce type de commerce, bien connu de cette petite localité qu'est Boucherville. En fait, bien connu comme «Barrabas dans 'passion», comme dirait l'adage bien de chez nous.

Je suis parti après avoir jeté un dernier regard à ce monsieur âgé qui marchait, encore aussi maladroitement vers la porte de son logement. Je me disais en le voyant s'éloigner que je peux avoir mauvais caractère mais pas à ce point quand même! Je ne bois pas. Jamais bu. J'ignore même la sensation d'être ivre ! Mais pour l'avoir côtoyer, cette sensation, je peux bien m'en passer vous savez. Le simple fait de ne pas être moi-même, de ne pas être en possession de mes moyens, me répugne au plus haut point. Alors tant pis si je suis différent de vous, les gens dits «normaux» mais je m'aime bien comme je suis, sobrement parlant je veux dire...

Voilà pour ce dimanche de janvier. Et sans oublier de vous mentionner que mes copains sont revenus me rejoindre plusieurs heures plus tard, quand l'ouvrage était passé. Payant pour moi, oui mais emmerdant. Pas eu le temps de souper ni de souffler. Et des sandwichs au oeufs (elles sont plus fraîches) je commence à en avoir assez. Je travaille ce soir et en ce lundi matin, à l'heure que je rédige ce billet, je constate qu'il floconne dehors. Assez pour ne pas ignorer qu'une mince couche blanche recouvre l'Escape. Mais je m'en tappe, car c'est la Douce qui va avoir le privilège et le plaisir de la déneiger...

Je vais me coucher fatigué mais content de ma nuit malgré tout. Bonne nuit tout le monde!

Jean-François

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7 commentaires:

Anonymous a dit…

Eh que t'as raison là, un call à la taverne a 19:00 heures, c'est TOUJOURS le même genre de clients, y ont sauté le souper, au profit d'une dernière grosse, sont frustrés de devoir quitter la"gagn"(en passant la dite gagn va pas s'en ennuyer), le chauffeur est pas sympa, y a pas le droit de fumer dans le cab, tu prend des détour, Bobby lui y me fait ca a 10$,,,,,pourquoi tu l'a pas appelé ton Bobby ?,,,j'l'ai callé, cé toué qui ont envoyé,,,,ça m'étonnerais chose, y a pas de Bobby qui travaille avec nous- autre, anyway chez nous t'as pas le droit de choisir ton chauffeur,,,, farme donc ta yeule, tu connais rien le jeune,,,,,pis là je te parle de la taverne chez nous, à 600 kms de la tienne.
Mike un confrère

Jean-François a dit…

@ Mike : Comme quoi la distance n'a pas vraiment d'importance, pas vrai ? Juste le paysage qui change...

J'avais oublié d'ajouter des détails plus croustillants! (hahaha)

Merci Mike, ton commentaire viens de confirmer mes dires et de mettre en lumière les situations de ce genre et pas toujours comiques et aussi ce que doivent endurer les chauffeurs de taxi avec ce type de clientèle.

Salut! ;)

L'Adulescente a dit…

yen aura pas de facile, comme on dit...

Mais pas sur que ce soit la vieillesse dans le cas du sexagénère... mais plus le résultat de trop peu de sang dans son taux d'alcohol!

:)

(sanscali??? weird)

Drew a dit…

Tu devrais te trainer un CD de berceuses... Quand tu te prends un éméché tu pars le disque, tu l'endors dans un sommeil éthylique et t'en profites pour faire le tour de la ville :-D

kyari

Jean-François a dit…

@ L'Adulescente : Bah, je serais prêt à donner les deux raisons : son mauvais caractère pour son âge et son agressivité par rapport à son taux élevé d'alcool dans le sang... (héhéhé) :-D


@ Drew : Pis à son réveil, il se demande où il est rendu et pourquoi le prix du compteur est si élevé (j'ai dû faire 4 fois le tour de la ville, sti!) pis je pense que s'aurait pas été assez ... :-D

Yano a dit…

Vous êtes les témoins privilégiés d'une bien drôle de faune urbaine, m'sieurs les chauffeurs! Vraiment une job pour en voir de toutes les couleurs...

Jean-François a dit…

@ Yano : En effet! Et encore, ce n'était qu'un échantillon... :)

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